Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?

 

Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre? (3ème Dimanche de l’Avent-Année A)

 

Textes : Is 35, 1-6a, 10; Ps 146, 6c-7, 8-9a, 9b-10; Jc 5, 7-10; Mt 11, 2-11. 

 

 

 

Nous cheminons à petits pas vers le mystère de l’Emmanuel. Pourtant, chemin faisant, rien ne dessille encore le visage de celui que nous attendons. Non point le doute mais la question elle-même de Jean Baptiste resurgit dans nos coeurs comme une espérance nouvelle : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre? »

 

Devons-nous en attendre un autre?

 

Avant de fixer notre regard sur celui qui doit venir, supposons qu’un autre ait été possible. C’est certainement cet autre advenu dans ces attentes multiformes qui jallonnent l’histoire des messianismes africains, et ailleurs, allant des messianismes religieux jusqu’aux messianismes politiques. De ces messianismes, nous reconnaissons bien les messies. Ce sont ceux-là qui nous ont promis monts et merveilles. Nous les avons suivis parfois un bout de chemin. Nous avons été à leur dévotion. Ils ont nourri nos espoirs en quelque sorte mais aussi nos déboires. Ils parlaient souvent en notre nom mais décampaient lorsque nous avions exposé nos soifs. Ils nous ont promis la vie, et la mort est venue...Peut-être, cet autre n’est qu’une illusion. Au lieu des aveugles qui voient, ce sont des millions de voyants  qui sont devenus aveugles. Aveugles du jour quand la lumière passait près du coeur. Aveugles de la nuit, quand tout pointait la chance du jour. Tout simplement aveugles de l’endurcissement du coeur. Peut être, cet autre n’est que l’échec de nous-mêmes. Nous avons prétendu construire un monde sans Dieu, ce sont des sociétés de méchanceté et de violence, de conflits et de guerres qui ont jeté les dés...  

 

Es-tu celui qui doit venir?

 

Et si on reposait la question dans sa version initiale : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » La question nous fait remonter deux mille ans d’histoire. Nous observons un homme vêtu de peaux d’animaux, vivant dans le désert, région aride et inquiétante. L’homme brave les péripéties de la nature sauvage. Il se nourrit de miel, de sauterelles et de tout ce que le désert offre à compte goutte. On l’appelle Jean le Baptiste. Son message est percutant, incisif et sans complaisance : Préparez le chemin du Seigneur, car il est proche. Convertissez-vous et changez vos coeurs! Jean dénonce l’immoralité éhontée et débonnaire d’Hérode Antipas, fils d’Hérode le Grand et de Malthaké, Tétrarque de Gallilée et de Pérée. L’histoire se souvient de ce quincagénaire, né en 22 av. Jésus Christ, homme sans scrupules ayant renvoyé sa femme légitime pour s’unir, en dépit de la loi juive, à Hérodiade, la femme de son demi-fère. L’audace d’avoir défait publiquement le malfrat vaut un emprisonnement au Baptiste. Plus tard, une mort par décapitation s’ensuivra. Le Baptiste est, comme tout le monde, en attente du messie promis à Israël. Il l’a reconnu à peu près, pour l’avoir baptisé, en celui que l’on appelle le Christ, c’est-à-dire l’Oint de Dieu, le messie. Le Christ gagne en popularité.

 

sa situation dramatique de détention et d’abandon, le Baptiste s’inquiète : le messie est-il vraiment ce Jésus de Nazareth, appelé Christ ?  Ironie du sort : ce messie libérateur d’Israël, d’après les Écritures, semble ignorer sa cause. Une raison de plus pour s’assurer que son témoignage concorde avec ce qu’il entend par ouï-dire du Christ. Il envoie ses disciples s’enquérir du fait : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre? » La réponse de Jésus est nette: «Allez rapportez à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonnne Nouvelle est annoncée». Jésus rassure Jean et le confirme dans son témoignage; il n’est pas un autre; il est bien celui qui doit venir, comme l’ont annoncé les Prophètes d’Israël.

 

Temps du messie, temps de la nouveauté et de la patience

 

 

L’un de ces Prophètes ayant fait état du messie-sauveur est Isaïe. Ce dernier évoque une attente du messie dans laquelle toute la création est au rendez-vous et dans l’exultation: le désert, la terre aride, la steppe, etc. Le temps du messie est ici le temps de la nouveauté de toute chose; temps de la joie qui déborde et invite les coeurs défaillants à ne pas sombrer; temps de la gloire de Dieu qui s’accompagne des signes messianiques: se dessilleront les yeux des aveugles, les oreilles des sourds s’ouvriront, le boiteux bondira comme un cerf... Les leçons de Jacques viennent aussi corroborer la nouveauté et l’émerveillement des temps messianiques. Faisant allusion à l’avènement du Seigneur, Jacques recommande la patience. La patience affermit le coeur du croyant qui espère un temps nouveau .  

 

Un  message clair : le  Christ Jésus est le sauveur attendu

 

Le message d’aujourd’hui est simple et clair. Il est une confession qui nous engage de façon personnelle: le Christ est celui qui doit venir; il est le sauveur attendu, et non pas un autre. Mais qu’est-ce que cela veut dire concrètement ? Cela revient à ceci :

 

1. Confesser le Christ comme messie promis au monde d’aujourd’hui, c’est croire qu’il est la joie de notre coeur; c’est croire que notre vie de tous les jours, dans l’assurance comme dans le doute, a un sens. Comme Jean le Baptiste, nous nous interrogeons sur notre avenir. Nous faisons ainsi écho aux miriades de questions qui inquiètent notre humanité. Jésus nous rassure: c’est bien lui qui apporte la réponse à nos peurs, nos angoisses, nos soifs de bonheur, de paix et d’amour, notre désir de changement; il comble l’attente profonde de notre coeur ; il est la nouveauté même. Mais cela n’est possible qu’à une condition : il faut apprendre à le reconnaître dans ce dédale de messianismes farfelus et dans cette gangue de prétendus messies, rebus de la méchanceté et de l’inhumanité, couverte sous les gants de velours. Le Christ n’est pas ces messies moribonds qui nous ont déçu un jour alors qu’on les croyait des dieux! Il est le celui que nous confessons Vrai Dieu et Vrai Homme.

 

2. Une leçon de patience et de responsabilité est nécessaire. Le temp messianique n’est pas une exubérance paresseuse. C’est un temps de responsabilité, un temps de maturation qui ne s’obtient que par la patience au labeur et à l’effort. On aura compris que l’attente du Christ ne nous soustrait pas aux défis et aux exigences de la vie présente. Des aveugles qui voient, cela veut dire que nous les avons vraiment pris en charge et soignés. Des sourds qui entendent, cela induit à ceci que nous avons contribué à améliorer leurs conditions de vie. Des boiteux qui marchent, cela inclut le fait que nous les avons respectés. Des prisonniers qui sont libérés, cela signifie que des hommes et des femmes épris de justice ont lutté en leur faveur. En un mot, l’être, le dire et le faire sont trois attitudes conjointes du cœur qui cherche Dieu et veut le trouver.    

 

            Abbé Luc Augustin SAMBA