Extraits des Lettres pastorales de Mgr Anatole Milandou

 

 

 

Extraits des Lettres pastorales de Monseigneur Anatole MILANDOU,

ancien Evêque de Kinkala (1987-2001)

 

« Lorsque je considère l’attitude des brebis que Dieu m’a confiées, j’ai le cœur serré à en perdre sommeil : la sorcellerie enfonce ses racines dans notre société, la haine, la division font parmi nous leurs ravages.

Partout, dans les conversations, les familles, les mouvements d’apostolat, au moment de la souffrance, de la mort, une seule pensée, brutale, violente, cruelle, nous surgit à l’esprit : « c’est un sorcier qui a fait cela … »

 

Autrefois, c’étaient les anciens qui accusaient quelqu’un de sorcellerie : les chevaux blancs étaient comme un indice de sorcellerie ! Aujourd’hui, il n’en est pas ainsi : un jeune, un adulte, même un pauvre sot, n’importe qui est susceptible d’être considéré comme sorcier, n’importe qui s’arroge le droit d’accuser un autre d’être sorcier […]

Beaucoup d’hommes et de femmes viennent me voir pour me dire leur désarroi, ils fondent en larmes en m’exposant les accusations dont ils sont l’objet et dont ils ignorent tout.

 

Nous les chrétiens, qui devons suivre l’exemple de Jésus-Christ, allons-nous rester simples spectateurs de ce drame ? Non ! Non ! Non ! Nous devons porter notre témoignage de chrétiens. Voilà la raison pour laquelle je vous adresse cette lettre, pour vous réveiller, pour vous aider à vous ressaisir, à rechercher une attitude nouvelle […] » (Chrétien, quelle est ton attitude devant la souffrance ?, Lettre pastorale du 11 février 1990, n°s 2-4).

 

 

« Dans notre pays, nos villes, nos villages, les maladies de toutes sortes se multiplient : le paludisme, le sida, les affections de l’estomac, du cœur, du cerveau, etc., se propagent. Beaucoup de petits enfants meurent aujourd’hui, comme autrefois où nous n’avions pas d’hôpitaux.

En plus de ces maladies du corps, il faut ajouter celles qui nous touchent dans notre « cœur », notre dignité d’homme. Prenons quelques exemples :

-         l’école ne mérite plus notre confiance : enseignement défectueux, élèves paresseux et peu assidus, échecs aux examens ; en cas de réussite : chômage ;

-         de nombreuses jeunes filles traînent, n’arrivent pas à trouver le garçon sérieux avec lequel elles pourraient fonder un foyer solide, heureux, éducateur d’enfants ;

-         au village, les gens sont soucieux, inquiets, à cause de leur grande pauvreté : faute de routes et de moyens de transport, personne ne vient acheter leurs produits […] ;

-         le vol, la drogue, le chanvre ont maintenant pénétré dans les petits villages les plus reculés, chez les jeunes tant filles que garçons. Les familles sont dispersées. C’est la solitude, l’isolement […] ;

-         ceux qui ne savent pas lire […] sont incapables d’apprendre les méthodes nouvelles d’hygiène, de soins, de travaux ménagers, de maraîchage et d’élevage.

Cela est aussi à l’origine des souffrances qui affectent notre pays et y suscitent le découragement, la peur, la méchanceté ou la division » (Chrétien, quelle est ton attitude devant la souffrance ?, Lettre pastorale du 11 février 1990, n°s 6-7)

 

 

« Dès l’origine, nos ancêtres s’interrogeaient : « Souffrance, maladie, mort que nous rencontrons tous, d’où viennent-elles ? – Que veulent-elles dire ? […] – « Peuvent-elles venir de Dieu … ? – Certes non ! S’il n’y avait que Dieu, nous serions nombreux ! – Ce sont les sorciers qui nous tuent ! » […]

 

Nos ancêtres en vinrent alors à comprendre qu’entre les vivants et les morts, le lien de famille ne meurt pas : ce qui préoccupe le monde des défunts concerne aussi le monde des vivants, et réciproquement. Les rêves sont alors accueillis et vécus comme une communication des défunts, une parole. Les vivants y répondent par des invocations dites : « Mikwa ».

« Le bon rêve » : c’est le signe du bonheur, de la communion, de l’amour […]. « Le mauvais rêve » : c’est le signe du mécontentement des défunts : il y a quelque chose chez les vivants qui ne leur plaît pas. C’est là l’origine de la maladie, de la souffrance qui affectent l’homme, le bétail et même la nature.

 

Sachant par mauvais rêve que les défunts sont mécontents, les vivants confessent leurs fautes, font des invocations, offrent un animal en sacrifice pour que la maladie guérisse, la souffrance cesse chez les hommes, dans le bétail, et que les catastrophes naturelles s’arrêtent […]

 

Nos ancêtres croyaient en l’existence de certaines personnes capables de réveiller les morts pour les envoyer, tels des chiens de chasse, à la poursuite d’un des leurs.

D’autres personnes enfin pactisaient avec le féticheur en lui « livrant » en compensation une ou plusieurs personnes afin d’entrer en possession de son pouvoir.

C’était là qu’il fallait chercher la source de tous les malheurs : mort, souffrance […]

 

Autrefois, toutes les affaires s’arrangeaient en famille. Le chef de famille en était le gardien. C’était lui, en cas de mort ou de maladie, qui indiquait le chemin à suivre. Il prenait l’initiative pour barrer la route à la maladie […] » (Chrétien, quelle est ton attitude devant la souffrance ?, Lettre pastorale du 11 février 1990, n°s 8-12).

 

 

« Hélas ! la dispersion de la famille, la disparition des « Mbongui », lieu privilégié de réunions de famille, ont pour conséquence  que l’accusation de sorcellerie peut maintenant tomber sur n’importe qui. Celui qui travaille, qui réussit, c’est celui qui a le mauvais sort ! C’est lui qui est sorcier. Celui qui est organisé dans ses affaires, c’est lui aussi qui a le mauvais sort. La femme, parfaite maîtresse de maison, c’est encore elle qui a envoûté son mari ! Celui qui est sage et intelligent, ne croyez pas qu’il ait obtenu sa qualification par son travail, non ! Mais bien plutôt par des pratiques occultes : il est sorcier !

 

Toutes ces accusations pèsent lourd sur nos propres communautés chrétiennes, nos mouvements d’apostolat, qui marchent vaille que vaille. Beaucoup les désertent.

Au lieu de chercher d’abord en eux-mêmes [les jeunes] la cause de leurs échecs ou de leurs problèmes, ils recourent à la solution facile de la sorcellerie à laquelle ils finissent par croire. Citons quelques exemples :

-         Une jeune fille s’est faite avorter ; l’affaire tourne mal pour sa santé ; aussitôt, on accuse : « elle est envoûtée » …

-         Un garçon fume du chanvre ; il devient fou, il vole, il tue même […] Mais [c’est] « l’oncle qui l’a maudit » […]

L’école, surtout dans les classes d’examens, pas de professeurs, paresse et absentéisme des enfants ; si l’enfant échoue : « les enfants ont été ensorcelés et l’école avec … » ( Chrétien, quelle est ton attitude devant la souffrance ?, Lettre pastorale du 11 février 1990, n°s 13-14)

 

 

« Pour moi, je ressens une peine profonde, parce que dans ces accusations mutuelles de sorcellerie, au moment de la souffrance, de la maladie ou de la mort, vous chrétiens, vous ne dites pas un mot. Vous ne prenez pas la défense de celui qu’on accuse d’être sorcier. Vous ne protégez pas celui que l’on s’apprête à frapper ou à tuer […] Bien plus, c’est vous qui êtes au premier rang pour approuver, accuser, frapper et même tuer […]

 

Tout compte fait, en observant attentivement et l’attitude de nos ancêtres et la nôtre aujourd’hui, je me dis que celle de nos ancêtres, bien qu’imparfaite, comportait néanmoins plus d’humanité, d’indulgence, de respect, de dignité. Nous sommes devenus des chiens méchants qui dévastent, des lions affamés qui lacèrent et déchirent, des éperviers qui fondent  sur leur proie » (Chrétien, quelle est ton attitude devant la souffrance ?, Lettre pastorale du 11 février 1990, n°s 15-16)

 

 

« Dans l’Ancien Testament, les responsables du Peuple de Dieu pensaient ainsi : souffrance-pauvreté-maladie-mort, c’est la punition de Dieu. Par contre, richesse-bonheur-santé, c’est la récompense de Dieu (cf. Jb 4,8 ; Dn 3, 27-28 ; Ps 36,7). Un problème demeurait insoluble : si la souffrance, la pauvreté, la maladie, la mort sont une punition de Dieu, pourquoi les hommes bons et droits souffrent-ils alors que les méchants réussissent ? […]

 

Souvenons-nous de l’histoire de Job : c’était un homme riche et juste. Il avait beaucoup d’enfants, des troupeaux en quantité. Or, en un seul jour, tout ce qu’il possédait périt, lui-même tomba malade. Ses amis l’abandonnèrent. C’en était trop ! Job adressa sa plainte à Dieu et lui dit : «  Je n’ai pas commis de faute, je suis innocent, alors pourquoi tant de souffrances ? ». Dieu lui répondit : « Toi, homme, tu es trop jeune pour comprendre tout cela […] Les enfants d’Israël, dans leur recherche pour saisir le sens de la souffrance, de la maladie ou de la mort, ont fini par comprendre qu’en fait tout cela n’était que la conséquence du péché. Rappelons-nous l’histoire du péché d’Adam et Eve, de Caïn, des hommes au temps de Noé, de Sodome, de Gomorrhe, les péchés d’Israël dans le désert … » (Chrétien, quelle est ton attitude devant la souffrance ?, Lettre pastorale du 11 février 1990, n°18).

 

 

« Nos ancêtres , les nôtres dans la foi, tout comme ici au Congo, tous ont parfaitement compris que naître, vivre, souffrir, être riche ou pauvre, mourir …c’est le lot de tout homme, personne ne peut y échapper.  Que dire alors ? – Que tout cela nous dépasse, c’est trop fort, personne ne peut le comprendre, l’expliquer  et qu’il faut bien s’en accommoder ? – Non ! ne nous laissons pas attraper à ce piège. Un grand frère est parmi nous, il nous apporte une lumière toute nouvelle : Jésus-Christ notre Seigneur […]

 

Regardez donc Jésus-Christ, le Fils de Dieu, devenu un homme comme nous. Il est venu partager notre sort en acceptant de souffrir, comme nous ! de mourir, comme nous ! Il nous introduit ainsi dans le mystère de sa souffrance, de sa mort, qui est aussi la nôtre. Signe de l’Amour de Dieu pour nous, sa souffrance et sa mort sont la source de notre salut, de notre vie nouvelle avec Dieu. « Mon Serviteur justifiera les multitudes » (Is 53, 11).

 

Oui, il faut le dire, le proclamer, le vivre : la souffrance, la mort avec Jésus ne doivent plus être une occasion de chute, un poids intolérable à porter, ce n’est plus une punition de Dieu, c’est avec Jésus-Christ, la cause de notre salut, de notre libération » (Chrétien, quelle est ton attitude devant la souffrance ?, Lettre pastorale du 11 février 1990, n°19).

 

 

« - Lorsqu’il voit la veuve en larmes devant son fils unique mort, Jésus est saisi de pitié… (Lc 7, 13) ;

-         Jésus rencontre un paralysé à la piscine de Bethesda […] Jésus ému de compassion, sauve le paralysé […]

-         Lazare, l’ami de Jésus, est mort à Béthanie. Emu de compassion, Jésus défaille et se met à pleurer […]

-         Jésus, un autre jour, enseigne longuement la foule. Il se fait tard. Les gens commencent à avoir faim. Jésus ne peut les envoyer le ventre creux […] » (Chrétien, quelle est ton attitude devant la souffrance ?, Lettre pastorale du 11 février 1990, n°s 5-8)

 

 

« Tous ces exemples pour dire que Jésus est ému de compassion devant la souffrance; il n’y reste pas indifférent. Dès qu’il voit quelqu’un souffrir, il ne peut pas le laisser ainsi; il doit le sauver; il le sauve » (Chrétien, quelle est ton attitude devant la souffrance ?, Lettre pastorale du 11 février 1990, n°9) 

 

 

« Lorsque est venu pour lui le moment de souffrir, d’entrer dans sa passion, Jésus se met à avoir peur et à trembler […] Soumis à ces terribles événements, Jésus ne recule pas. Il doit suivre cette route de souffrance, par obéissance à son Père et par amour pour les hommes. Il le dit lui-même : «Je suis venu jeter un feu sur la terre, tout mon désir est qu’il brûle. Je dois être baptisé d’un baptême et quelle n’est pas mon angoisse tant que ce baptême n’est pas accompli !(Lc 12, 49-50 » (Chrétien, quelle est ton attitude devant la souffrance ?, Lettre pastorale du 11 février 1990, n°s 11-12) 

 

 

« Dès le début, Jésus savait qu’il devait souffrir lui-même. Il a annoncé à ses disciples les souffrances qu’il aurait à subir : « Voici que nous montons à Jérusalem et que s’accomplira tout ce qui a été écrit par les prophètes pour le Fils de l’Homme. Il sera en effet livré aux païens, bafoué, outragé, couvert de crachats ; après l’avoir flagellé, ils le tueront et le troisième jour, il ressuscitera » (Lc 18, 31-34) »

 

« Souffrance et mort de Jésus, don total de sa vie sans aucune réticence, voilà, chez lui, le signe qu’il est béni de Dieu et qu’il aime les hommes […]

Le sacrifice de Jésus livré à la souffrance et à la mort, Dieu l’a ratifié. Il a exalté son fils au-delà de l’imaginable en le ressuscitant et en le faisant asseoir à sa droite » ((Chrétien, quelle est ton attitude devant la souffrance ?, Lettre pastorale du 11 février 1990, n°15)

 

 

« Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’Homme afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle (cf. Jn 3, 14-15). De même, le chrétien, pour être sauvé, doit regarder, contempler avec amour Jésus en Croix.

 

Mais attention, que ce « regard » sur Jésus en Croix ne soit pas un regard quelconque, vain, banal. Sache que, toi aussi, chrétien, tu dois porter et accepter ta souffrance exactement comme Jésus en Croix.

 

[…] Jésus n’a pas travaillé à notre salut uniquement à l’heure de sa Passion. Mais, c’est dès sa naissance et tout au long de son existence que Jésus vivait sa Passion, sa Croix et le salut du monde […] » (Quand tu souffres, toi, chrétien, mets-toi à la suite de Jésus, Lettre pastorale du 11 février 1991, n°s 16-18)

 

 

« Alors que faire …? Essayons donc de tout faire pour purifier et notre langage et notre comportement » (Chrétien, quelle est ton attitude devant la souffrance ?, Lettre pastorale du 11 février 1990, n°20)

 

 

« Cessez donc de dire : « Vous verrez » …, « Tu sauras » …, « Attends un peu … », « Nous verrons bien ce qui t’arrivera … ». Cessez de maudire vos propres enfants, de les insulter, de frémir de rage contre eux et devant eux. Votre langage doit être net, paisible, pacifiant envers vos proches et enfants »

 

« Vous les mamans, nos mamans ! Cessez ces pratiques, ces gestes honteux, provocants, que vous faites pour implorer la malédiction autour de vous […] Et je ne parle pas des hommes qui osent se promener nus, frapper le sol avec leurs mains, et devant les enfants : gestes terribles de malédiction, lourds de conséquences […] Ce sont toutes ces attitudes […] qui font naître la croyance en la sorcellerie ».

 

« Vous les hommes, les pères de famille, vous rendez-vous compte que vos enfants vivent dans la misère et la tristesse, lorsque, pour prendre une nouvelle épouse, vous les avez chassés ainsi que leurs propres mères ? Vos enfants ne peuvent vous aimer ; ils n’entretiendront que haine et colère ; vous leur donnez ainsi l’occasion de vous accuser de sorciers.

Vous les jeunes, vous avez fait des veillées funèbres des occasions pour vous amuser, pour frapper, pour tuer. Respectez les veillées funèbres ».

 

Et tous ces rêves, ces oracles durant les veillées funèbres : voilà encore ce qui vient tuer nos foyers et nos familles. Vous dites que cela vient de Dieu. Non, cela ne peut venir de Dieu, et je vous le dis avec force, car je sais que Dieu n’est qu’Amour et Paix. C’est du reste, ce que Saint Paul nous rappelle : « Quand je parlerai les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit […] (1 Co 13, 1-2). 

 

 […] l’entrée de nos maisons, nos rues dans nos petites villes, nos marchés sont devenus des véritables décharges publiques. Ne parlons pas de nos dispensaires : infirmiers, malades, visiteurs, salles d’accueil, de soins et d’hospitalisation, tout respire la saleté, le désordre, la négligence et, plus grave, le mépris de l’homme […]

 

La vaisselle doit être lavée, comme les mains, avec du savon ; les pagnes, les draps doivent être étendus au soleil. Les maisons doivent avoir portes et fenêtres assurant aération et lumière, donc salubrité » (Chrétien, quelle est ton attitude devant la souffrance ?, Lettre pastorale du 11 février 1990, n°s 21-23)

 

 

«[...] tant que nous ne nous attaquons pas aux causes réelles, concrètes de nos misères, de la maladie, nous nous enfermons dans un cercle vicieux d’autodestruction et d’impuissance […] » (Mandement de Carême pour l’an de grâce 1993, Lettre pastorale de 1993)

 

 

 

« Cette contemplation de Jésus en Croix te fait accepter la déréliction, la solitude: te voilà seul, abandonné comme Jésus. En effet, ta famille va refuser ton attitude. Songes-y, ta famille va te traiter de sorcier : « C’est lui qui a envoûté son fils que celui-ci en est mort. Nous en sommes sûrs maintenant, puisqu’il refuse d’aller chez le féticheur ». Ta seule force, c’est la prière, celle d’Etienne quand on le lapidait : « Seigneur, ne leur impute pas ce péché » (Ac 7, 60) ; celle de Jésus, à la Croix, pour ses ennemis : « Père, pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). Entre dans la prière en compagnie de Jésus implorant son Père : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné… » (Quand tu souffres, toi, chrétien, mets-toi à la suite de Jésus, Lettre pastorale du 11 février 1991, n°20)

 

 

Extraits de La paix à construire, plaquette éditée par Mgr Anatole Milandou, en août 2000, pour garder mémoire des événements douloureux dont sortent des milliers de Congolais. Mais aussi pour susciter, collecter et unir les efforts de reconstruction de son diocèse :  

 

« Devant les ruines laissées par la guerre, nous chrétiens, nous ne pouvons pas baisser les bras. L’espoir doit renaître. La vitalité des communautés chrétiennes que je viens de visiter prouve qu’il renaît déjà. Personne n’oublie qu’elles ont passé plus d’un an réfugiées en forêt. Cet espoir doit être soutenu et accompagné. Aussi les agents pastoraux que nous sommes doivent-ils ouvrir les chemins de résurrection, comme l’indique le titre de ma Lettre pastorale (lire p.27). C’est ce à quoi s’attellent déjà les ouvriers apostoliques, par leur retour au diocèse. Ces chemins de résurrection, nous tentons de les ouvrir avec les moyens de bord : « Aide-toi, le ciel t’aidera !» Malgré leur pauvreté, tous les chrétiens du diocèse et du Congo ont commencé de mettre en œuvre ce dicton. La Caritas de Kinkala, grâce au Secours catholique, a pris part à l’action urgence humanitaire, aux côtés des autres organisations internationales. Nos paroisses ont abrité la plupart des sites. La Caritas propose aujourd’hui assistance aux pauvres tombés en misère et aide ceux qui veulent se prendre en charge, dans la tâche du développement »

 

 

Extraits de la lettre pastorale Ouvrons les chemins de résurrection, d’août 2000 :  

« Avec le courage de la foi, la grâce, l’aide, l’assistance de Dieu, engageons-nous fermement dans la 1ère voie de résurrection : Construisons l’amour, ravivons la concorde, l’entente (n°11). La 2e voie de résurrection n’est autre que le foyer (la famille composée du père, de la mère et des enfants) et de l’école. Nous le savons, nos « mbôngi » d’autrefois où nous avons grandi ont été abandonnés, ont disparu : nous avons l’impérieux devoir de nous investir dans le travail de faire de nos foyers et de nos écoles des lieux irremplaçables de formation et d’éducation de nos enfants. Ma préoccupation pour la famille est de toujours, et je vous en fais part à chaque occasion. En effet, l’enfant grandit et s’instruit au foyer. C’est là qu’il redresse ses idées fausses, son langage répréhensible et sa mauvaise conduite ; c’est là qu’il mûrit, acquiert les bonnes habitudes et que l’on corrige ses errements et ses défauts ; c’est là qu’il devient un homme raisonnable et équilibré (n°14). Mon enseignement sur l’école ne diffère en rien de celui sur le foyer. Nous pourrions comparer ces 2 lieux d’éducation à un « couteau à double tranchant » : ils sont à la fois capables de redresser et de déformer (n°15). Oui ! Chers parents, battez-vous, faites tout ce qui est en votre pouvoir pour sauvegarder le foyer et l’école, pour les rénover, leur donner la beauté d’antan, leur finalité de toujours (n°16)

Frères et sœurs bien-aimés, la 3e voie de résurrection n’est autre que la justice et la paix. La stabilité de la paix dépend de la capacité de justice de nos responsables (n°17). Le développement est la grande route de résurrection qui mène à la paix (n°19)

 

En ces moments de misère et de souffrance, les chrétiens ont à s’acquitter de leur devoir de charité, leur obligation d’aider les autres. Je vous demande de faire revivre les « mbôngi » Caritas, qu’ils soient alimentés, achalandés, très fournis en dons ; qu’ils poursuivent l’assistance et le développement de notre diocèse (n°25)

 Pour que notre pays, frères et sœurs bien-aimés, ressuscite, revive, retrouve sa beauté première, ouvrons avec courage toutes ces voies de résurrection et engageons-nous y avec la foi des témoins du Christ. Cultivons nos qualités d’homme, tenons ferme dans la foi : Dieu ne nous abandonnera point. Renonçons au mal ; bâtissons l’amour, renouvelons l’union, l’entente, la convivialité. C’est ainsi que nous contribuerons au Développement de notre pays (n°s 26-27) »