Dieu nous fait revivre par le Christ

 

Dieu nous fait revivre par le Christ (4ème Dimanche de Carême – Année B)

 

Textes: 2 Ch 36, 14-16. 19-23; Ps 136 (137); Ep 2, 4-10; Jn 3, 14-21

 

2 Chroniques: Un temple à Jérusalem

 

Sous  le règne de Sédacias, les prêtres et le peuple multiplièrent les infidélités et le temple de Jérusalem fut profané. Sans se lasser, Dieu leur envoya des messagers, mais ils se moquaient  d'eux et les méprisaient. Finalement, leur pays fut livré aux ennemis, le temple et les murs de Jérusalem furent détruits. Un grand nombre fut exilé à Babylone. Mais par la suite, Dieu, toujours fidèle, réalisa la prophétie de Jérémie, le temple fut reconstruit après soixante-dix ans. L'amour miséricordieux de Dieu l'a emporté.

 

Psaume 136: Jérusalem au sommet de ma joie

 

Ce qui est dit dans la première lecture est repris ici sous forme poétique. Le temps de l'exil à Babylone peut être considéré comme une des  plus dures épreuves qu'a rencontrées le peuple élu dans son histoire. Dans la tristesse du psalmiste, ce qui revient à l'esprit c'est la beauté perdue de la ville de Jérusalem, dont le souvenir, toujours vivant dans les cœurs, est en même temps un signe de grande espérance et une prophétie laissant entrevoir qu'un jour le temple serait reconstruit. Les harpes descendront  des saules et les chansons reprendront dans le temple pour louer de nouveau le Seigneur.

 

Ep 2: Dieu nous a aimés d'un grand amour

 

Ici, l'apôtre Paul nous présente encore Dieu le Père, son Fils Jésus et leurs relations par rapport à nous. Dieu, c'est celui qui est riche en miséricorde, comme l'a écrit le Bienheureux pape Jean Paul II. La miséricorde trouve sa racine dans le cœur même de Dieu, un cœur rempli d'un grand amour. Ceci nous rappelle encore l'encyclique du pape Benoît XVI, « Deus Caristas Est » (Dieu est  amour). Cet amour s'est manifesté par la puissance de sa miséricorde, « puisque nous qui étions morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ ». Notons bien comment sont liés de façon inséparable le Père et le Fils, tant dans leur œuvre de création que dans leur œuvre de salut.

 

Voici encore des précisions sur la personne de Dieu: « il nous a ressuscités, il nous a sauvés par grâce, il nous a fait régner aux cieux, il nous a créés en Jésus-Christ. Le Dieu Créateur est en même temps le Dieu qui sauve et libère pour que nous soyons vraiment bons, conformes à la voie qu'il nous a tracée ». Et cette voie, ce sont aussi les commandements, dont il a été question dimanche dernier et dans la première lecture d'aujourd'hui. Retenons aussi la façon dont sont mis en étroite relation la grâce, le salut et la foi: « C'est bien par la grâce, à cause de votre foi ». Par ces paroles, nous sommes invités à demander à Dieu une foi plus grande, qui nous permette de rester en relation avec lui, de prendre conscience de son amour et de son œuvre, de savoir que Jésus, mort et ressuscité, est toujours au milieu de nous. Tout ce que Jésus a dit et fait est un chemin qu'il a tracé et que nous devons suivre. Notre relation à lui ne peut pas être une sorte de repos, mais au contraire un engagement qui nous pousse à transformer notre vie pour être réellement au service de Dieu et de nos frères et sœurs, en particulier de ceux qui, en ces jours-ci, avec la catastrophe de Brazzaville, sont dans de grandes souffrances.

 

Jn 3 et conclusion

 

L'évangile nous ramène encore à la personne de Moïse, à la marche du peuple de Dieu au désert, à ses infidélités par rapport à l'alliance, aux épreuves qu'il a rencontrées et au serpent de bronze. Nous notons comment Jésus, en sa propre personne, montre qu'il est, à la fois, la synthèse de tout ce qui a précédé sa venue et la référence incontournable de tout ce qui viendra après lui. Il se présente encore comme le nouveau Moïse, celui qui guide le nouveau peuple de Dieu qu'est l'Eglise et qui lui donne la plénitude de la loi dans le double commandement de l'amour de Dieu et du prochain. Il nous accompagne dans notre pèlerinage terrestre jusqu'au jour où nous entrerons dans la maison du Père. Quand il dit que « le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert », il parle en fait de lui-même qui sera élevé sur le trône de la croix, pour être source inépuisable de la vie éternelle. Non seulement une source qui inonde de ses grâces toute l'humanité, mais également, selon ses propres paroles, un pôle de puissante attraction pour tous les hommes: « Quand je serai élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12, 32). Il est dit que « lorsque quelqu'un était mordu, il regardait le serpent de bronze et il était sauvé » (Nb 21, 9). Nous comprenons pourquoi nous devons adorer Jésus crucifié, pour être sauvés, exactement comme nous adorons l'Eucharistie.

 

Arrêtons-nous également sur cette parole : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils Unique ». Nous ne voyons pas Dieu, mais il s'est manifesté par le Fils qu'il a envoyé parmi nous pour nous arracher à la mort du péché et nous donner la vie éternelle. Non seulement il « a donné son Fils », mais il est aussi précisé qu'il l'a envoyé, nous invitant ainsi à une compréhension plus profonde. En effet, « celui qui est envoyé » est chargé d'une mission à réaliser. Et cette mission de Jésus est précisée par son contenu et par sa double conséquence. La manière dont elle se réalise passe par la foi en lui et en son nom, car en dehors du nom de Jésus il n'y a pas de salut. La première conséquence de ce salut, c'est de « ne pas périr et ne pas être jugé ». Et la deuxième conséquence, c'est que nous obtenons la vie éternelle et que nous échappons au jugement.

 

La finale est une présentation de Jésus Sauveur comme celui qui est la lumière. Nous retrouvons le début de l'évangile de Jean qui nous dit que le « Verbe était la Vie, et la Vié était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas vaincue ». Suivons donc Jésus qui est lumière et écoutons sa parole. Parole que nous avons encore écoutée dans les commandements de Dieu du dimanche dernier, que Jésus a résumées de façon admirable en Lc 18, 20: « Tu ne commettras pas d'adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne mentiras pas, honore ton père ta mère ». Si nous commettons l'impureté ou l'adultère, si nous tuons ou commettons des meurtres, si nous volons ou détournons ce qui appartient au bien commun, si nous disons le mensonge, si nous manquons de respect à nos parents alors qu'il nous disent de faire du bien, nous refusons Jésus et son enseignement, nous refusons sa lumière, et nous refusons de devenir nous-mêmes lumière pour les autres ; dans ce cas, nous sommes responsables de tous les malheurs que nous rencontrons dans histoire globale, à la fois personnelle, familiale, nationale et mondiale.

 

Que la lumière et la force de l'Esprit Saint nous aident à reconnaître nos péchés, à les confesser, à voir en Jésus  celui qui est venu pour nous en délivrer. Affirmons avec force que le message de Jésus est un message de paix, de joie, de libération et d'espérance. Que le Seigneur nous accorde une foi orientée vers le bonheur. C'est dans cette espérance, scellée dans la mort et la résurrection de Jésus, gage de notre propre résurrection, que nous adressons à Dieu nos prières ferventes pour ceux qui ont perdu la vie dans la catastrophe de Brazzaville, pour les nombreux blessés qui gémissent encore dans la souffrance, pour toutes les familles qui ont perdu et maisons, vêtements et instruments de travail. Ayons une compassion sincère, enracinée dans notre foi et notre amour de Dieu et du prochain. Demandons à Dieu beaucoup de force et de courage pour tous ceux qui, nationaux et internationaux, ont accouru et accourent encore à Brazzaville pour nous aider à porter le poids de ce désastre national. Remercions le Seigneur qui nous montre ainsi, par ces hommes et ces femmes, la grandeur de son amour. Demandons-lui des grâces abondantes, pour que les aides multiformes qui nous viennent de partout puissent arriver effectivement à ceux et celles qui sont dans le besoin, qui souffrent, et que ces aides ne soient pas détournées au profit des intérêts individuels. En ces jours, n'oublions pas de prier aussi pour la Cause du Cardinal Emile BIAYENDA. Que la Vierge Marie, Mère des affligés, nous soutienne par sa puissante intercession.

 

Mgr Bernard NSAYI

Evêque émérite de Nkayi