Mon Seigneur et mon Dieu

 

Monseigneur et mon Dieu (Dimanche de la Divine Miséricorde – Année A)

Textes : Ac 2, 42-47 ; Ps 117 ; 1P1, 3-9 ; Jn 20, 19-31

Un enfant de dix ans, lors d’une séance de catéchèse, m’a posé la question de savoir pourquoi Jésus ressuscité avait encore les plaies de la crucifixion alors qu’il venait de vaincre la mort. Je lui ai répondu que ces plaies étaient un signe permettant à ses disciples de le reconnaître, comme pour dire que le Christ ressuscité n’est pas un fantôme, il est bien la même personne que Jésus le crucifié. L’évangile de ce dimanche nous le montre clairement ; après le don de la paix, Jésus, pour se faire reconnaître de ses disciples auprès de qui la nouvelle de sa résurrection semble être une fable, leur montre ses mains et son côté transpercé. Aussitôt, ils le reconnaissent et ils sont remplis de joie à la vue du Seigneur.

Thomas, que l’on présente communément à tort comme l’incroyant, veut faire l’expérience personnelle et unique de la rencontre avec le Maître ; il n’était pas présent lors de l’apparition du Christ ressuscité. Dans son intelligence, il exige de voir et de toucher les marques laissées par la crucifixion sur le corps de Jésus pour croire que son Maître est ressuscité et que ce n’est pas le fruit de leur imagination que ses amis lui ont rapporté. Heureux Thomas, ce témoin de la résurrection dont la tradition dit qu’il est allé jusqu’aux Indes annoncer la Bonne nouvelle de Jésus mort et ressuscité. Heureux Thomas, l’homme entier qui fait au Christ la plus belle profession de foi qui fait vivre l’Eglise depuis deux millénaires : « Mon Seigneur et mon Dieu », en parlant de Jésus. La profession de foi de Thomas, précédée de son exigence de voir et de toucher les plaies de son Maître signifie que la mort du Christ en croix n’est plus un sujet de honte pour les apôtres, même s’il demeure un scandale pour les Juifs et une folie pour les païens. L’essentiel de la prédication des apôtres consiste à dire ce fondement de la foi chrétienne qui fait son originalité parmi toutes les religions : le Dieu Sauveur auquel nous croyons, a une puissance d’amour infinie qui va le conduire jusqu’à une mort infâme afin que nous recevions la vie en abondance.

Cette vie en abondance est là dans l’Esprit Saint qui est donné aux disciples de Jésus Christ : Jésus ressuscité répand son souffle sur ses disciples ; ils boivent ainsi à la source de l’eau vive qui coule de son côté transpercé et ils peuvent, à leur tour, dans la force de l’Esprit reçu, être les ambassadeurs du Christ qui enlève les péchés du monde et réconcilie l’humanité avec Dieu le Père. C’est ce que signifie la mission de remettre les péchés ; nous comprenons forcément que les disciples n’ont pas le pouvoir tyrannique de maintenir les péchés, car ils sont eux-mêmes des pécheurs pardonnés qui n’ont pour seul pouvoir (mais quel pouvoir !) que l’amour de ceux vers lesquels ils sont envoyés. Par le sang du Christ versé sur la croix, par ses blessures, nous sommes guéris de nos blessures intérieures qui nous empêchent d’aimer et d’être aimés à fond. Tous nos péchés sont pardonnés pourvu que nous ayons l’humilité de les confesser à la lumière de l’Esprit Saint qui nous révèle nos bassesses mais aussi et surtout la profondeur insondable de l’amour dont nous sommes aimés par le Père et le Fils. Le seul péché qui pourrait être maintenu est justement le péché contre l’Esprit, quand notre liberté refuse obstinément de reconnaître que nous sommes des êtres pécheurs et que c’est par grâce que nous sommes sauvés.

Cette vie en abondance est un don gratuit de la miséricorde divine qui nous précède et qui nous fait renaître pour une vivante espérance, pour l’héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement Cela veut dire que, grâce à la résurrection de Jésus Christ, Dieu nous offre la sainteté ; il nous greffe à lui, il scelle avec nous une Alliance que ni le péché, ni la mort ne peuvent détruire En ce jour où l’Eglise universelle est dans la joie de la canonisation des bienheureux Jean XXIII et Jean-Paul II, nous rendons grâce à Dieu pour ce qu’il a réalisé de grand, de beau et de vrai dans la vie de ces deux successeurs des apôtres et de Pierre ; l’un et l’autre, selon leur charisme propre, ont témoigné de la présence du Christ et de son Esprit au cœur du monde et de l’Eglise ; l’un et l’autre, en des temps critiques, ont affermi l’Eglise dans la foi au Christ Seigneur et Dieu, Maître de. l’histoire

A la suite des apôtres, témoins de la résurrection, qui nous ont  transmis par l’enseignement, la communion fraternelle, la fraction du pain et la vie de prière leur foi au Christ ressuscité, accueillons ce dimanche de la Miséricorde comme le temps de notre renaissance grâce à la mort et à la résurrection de Jésus. Heureux sommes-nous, nous qui l’aimons sans l’avoir vu.

Bonne fête de la Divine Miséricorde, en communion avec saint Jean XXIII et saint Jean-Paul II. Surtout, ne laissons jamais nos blessures assécher la vie d’amour et de foi que Dieu a mise dans notre cœur.

Abbé Olivier MASSAMBA-LOUBELO